Un rapport publié au mois février 2025, qui regroupe neuf organisations de défense des droits de l'Homme actives dans plusieurs pays européens - dont We Are Monitoring en Pologne, la Fondation Mission Wings en Bulgarie et le Comité hongrois d'Helsinki en Hongrie - affirme qu'"au moins" 120 457 "pushbacks" ont été enregistrés en 2024 en Europe - des refoulements à la frontière sans laisser à la personne concernée la possibilité de demander l'asile.
Cette pratique est pourtant illégale au regard du "principe de non-refoulement" consacré par l’article 33 de la Convention de Genève sur le droit des réfugiés : "Aucun des États contractants n’expulsera ou ne refoulera […] un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée", exige le texte. Le principe de non-refoulement est également réaffirmé par l’Union européenne dans sa Charte des droits fondamentaux.Pour parvenir à ce chiffre record, les militants se sont appuyés sur des rapports d'ONG et de groupes de recherche ainsi que sur les données des services gouvernementaux. À noter que ce chiffre ne concerne que les refoulements survenus dans un pays européen vers des États tiers et ne prend pas en compte les expulsions aux frontières intérieures de l'UE. Par ailleurs, une personne peut avoir été refoulée plusieurs fois.

La Bulgarie, en tête du classement
Selon les données du rapport, la Bulgarie figure en tête du classement des États de l'UE qui refoulent le plus de migrants. Ainsi ces derniers mois, les témoignages de refoulements dans le pays se multiplient. Lors d'une série de reportages en juin dernier en Bulgarie, InfoMigrants avait rencontré dans la petite ville de Svilengrad, toute proche de la frontière avec la Turquie, un groupe de quatre jeunes Marocains. Amine*, 24 ans avait dit avoir été refoulé cinq fois. Les autres, âgés de 22 à 30 ans, ont vécu deux, parfois trois "pushbacks".
Lors de ces expulsions, "à chaque fois, la police a pris nos téléphones, nos affaires, notre argent", dénonçait Amine. "Ils prenaient aussi nos vêtements et nos chaussures". Les récits des exilés font également état de violences perpétrées par les autorités. Demandeurs d’asile "obligés de retourner en Turquie à la nage", déshabillés de force ou sévèrement mordus par les chiens des gardes bulgares : dans cette région, une violence considérable est exercée par les gardes-frontières.

Des agissements dénoncés à de nombreuses reprises par les ONG, et dont même l’agence européenne de protection des frontières Frontex a eu connaissance, selon une enquête du réseau Balkan Investigative Reporting Network (BIRN).igrants. En 2024, les autorités de Sofia ont mené 52 534 "pushbacks" vers la Turquie, indique le texte.
93 personnes transitant par la Bulgarie sont décédées en 2022 et 2023
Ces refoulements peuvent parfois mener à des drames. Selon une étude de la branche viennoise de la Fondation ARD, en coopération avec Lighthouse Reports, et plusieurs médias, au moins 93 personnes transitant par la Bulgarie sont décédées en 2022 et 2023. Début janvier 2025, l’organisation italienne Colletivo rotte balcaniche (collectif de la route des Balkans) et l’association No name kitchen avaient accusé Sofia d'être responsable de la mort de trois migrants égyptiens.
Agés de 15 à 17 ans, ces exilés avaient été retrouvés morts de froid dans la forêt bulgare, à quelques kilomètres de la frontière turque. "L’absence d’aide des autorités et leurs obstructions systématiques aux opérations de sauvetage menées par les activistes ont conduit à la mort des adolescents", avait conclu les militants.

43 exilés sont morts en mer Égée
Cette première place s'explique en partie par la nouvelle adhésion pleine et entière à l'espace Schengen, fin novembre. La Bulgarie est soumise à une forte pression de la part des autres États membres de l'UE dans sa capacité à gérer les flux migratoires. Les questions de sécurité aux frontières figuraient parmi les principales préoccupations qui ont retardé l’entrée de la Bulgarie à l'espace Schengen - l'Autriche et les Pays-Bas ayant dans un premier temps opposé leur veto à une adhésion. Selon une enquête de la BBC menée en juin 2024, en trois ans, 43 exilés sont morts en mer Égée après avoir été refoulés par les autorités grecques. Neuf d'entre eux ont été directement jetés à l'eau par les gardes-côtes, et se sont noyés.