Entre résilience et lutte pour l’autonomisation, leurs histoires murmurent de l’espoir dans un monde souvent obscur. À 5 heures du matin, le marché Castors de Dakar respire encore la fraîcheur de la nuit, mais l'activité y est déjà palpable. L'air, chargé des parfums mêlés de la brume et de la terre, annonce le ballet matinal. La lumière blafarde des lampadaires dessine des ombres mystérieuses sur les étals, où les couleurs commencent à éclore : le vert sombre des légumes-feuilles, le rouge vif des piments, le jaune éclatant des fruits gorgés de soleil.
Les sons s'éveillent peu à peu, des cris rauques des vendeurs aux conversations animées en wolof, rythmées par le clapotis lointain de quelques voitures. Au cœur de cette scène, les femmes, courageuses et déterminées, sont les premières actrices. Si certaines célèbrent la Journée internationale des droits des femmes, d'autres ne connaissent même pas sa signification. C’est le cas de Ndeye Fama, une femme d’une cinquantaine d’années qui exerce ce métier de vendeuse depuis plusieurs années. Habitante de Thiaroye, Ndeye Fama quitte son domicile à 3 heures du matin pour se rendre au marché Castor où elle mène ses activités.

Ces femmes déchargent les marchandises et installent leurs étals avec des gestes précis, hérités d'une longue tradition. L’un des enjeux les plus préoccupants demeure la persistance des violences basées sur le genre. Les agressions, le harcèlement sexuel, les violences conjugales et les féminicides continuent de faire des ravages. Si des lois existent pour protéger les victimes, leur application reste insuffisante. Trop souvent, la peur du jugement social empêche les femmes de porter plainte. De plus, des pratiques néfastes comme les mariages forcés et les mutilations génitales persistent malgré les interdictions légales.
Comment garantir une protection efficace des femmes et des filles face à ces violences ? Mame Ngoné Fall, habituée du trajet Keur Ndiaye LO-Castor depuis 1992, est loin d'être une inconnue de cette journée dédiée aux femmes. Selon Mame Ngoné, « les femmes sont très délaissées par l'État du Sénégal. Nous sommes laissées en rade en ce qui concerne nos droits en tant que femmes. Les femmes sont violées, maltraitées ou même méprisées, et pourtant ceux qui doivent sanctionner ne le font pas comme il se doit. »

L’autonomisation de la prochaine génération est au cœur de cette vision qui consiste à donner aux femmes et aux filles les moyens d’être les catalyseurs d’un changement durable. Cette volonté forte consolide l’objectif 5 des 17 objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030.Pour cette dernière intervenante, Nogaye Sène, qui a répondu au thème élaboré par l’ONU, affirme que toutes les femmes méritent et doivent être autonomes. Selon elle, il faut que les femmes croient en elles et en leurs droits.

Leurs visages, marqués par la fatigue mais illuminés par l'espoir, témoignent de leur force. Leurs mains expertes manipulent les légumes et les poissons, et leurs vêtements colorés tranchent avec la pénombre. Au marché Castors, l'aube est une affaire de femmes, une symphonie de labeur et de résilience. L'éclairage est encore faible, dominé par la lumière blafarde des lampadaires et les quelques ampoules vacillantes accrochées aux étals.
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Cette lumière crée un jeu d'ombres et de lumières, accentuant les contrastes et donnant une atmosphère mystérieuse et authentique. L’économie informelle, qui regroupe la majorité des travailleuses, souffre d’un manque de reconnaissance et de protection sociale. Les vendeuses de marchés, les domestiques et les commerçantes n’ont pas toujours accès à la sécurité sociale, aux congés maternité et aux financements bancaires. Pourtant, elles constituent le moteur économique de nombreuses familles.