Après cinq mois de mise en production, les puits de Sangomar affichent un débit prometteur, bien au-delà des prévisions initiales.
Dans son dernier rapport de production publié le 4 décembre 2024 et parcouru par L'OBS, le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines dévoile des données :
2,94 millions de barils de pétrole brut extraits en novembre 2024. Sur la même période, trois cargaisons, représentant un volume total de 2,89 millions de barils, ont pris le large pour être commercialisées sur les marchés internationaux.
« En 2024, la production annuelle devrait s’établir autour de 15 à 16 millions de barils de pétrole brut. Ce nouvel objectif dépasse largement la cible initiale de 11,7 millions de barils », précise le ministère sur un ton qui semble refléter une satisfaction à peine voilée.
Ces performances, inattendues pour un gisement encore en phase de démarrage, attisent déjà les convoitises.
Certains traders, galvanisés par ces premiers résultats, se prennent à rêver et gonflent les réserves de Sangomar sur des bases purement spéculatives.
« Quatre millions de barils de plus que prévu pour un gisement qui vient de débuter. C’est très encourageant et le gisement de pétrole de Sangomar s’avère plus riche que prévu », s’enthousiasme Charles Thiemele, directeur Afrique de la société de trading pétrolier et gazier BGN repris par L'OBS.
Toutefois, cette euphorie soulève une question cruciale : Sangomar est-il réellement aussi riche que ces chiffres le suggèrent ?
Le gisement recèle-t-il des trésors insoupçonnés ou s’agit-il d’une simple embellie de début de production ? Pour l’heure, l’état exact des réserves reste entouré d’un voile d’incertitudes.
«Ce n’est pas vrai de défendre que Sangomar s’avère plus riche que prévu»
« C’est un jugement de valeur », recadre-t-on fermement du côté de la Société pétrolière du Sénégal (Petrosen) lorsque L'Observateur vient s’enquérir de cette information qui a fait naître des étoiles dans les yeux de nombreux Sénégalais.
La vérité, c’est que Sangomar, ce gisement dont les premiers pas sont scrutés comme un oracle, commence à dévoiler son potentiel, mais refuse encore de livrer tous ses secrets.
Entre juin et septembre 2024, ce champ pétrolier, qui fait briller les espoirs sénégalais, a produit 8,17 millions de barils de pétrole.
Une montée en puissance progressive, orchestrée par l’ouverture séquencée de ses puits producteurs. À ce jour, 11 des 12 puits sont actifs, et dès août, la cadence s’est stabilisée autour des 3 millions de barils par mois.
Ces premiers trésors arrachés au sous-sol ont déjà voyagé loin : 8 cargaisons, représentant un volume total de 7,69 millions de barils, ont été enlevées et commercialisées sur le marché international.
Sangomar, ce gisement aux promesses encore murmurées, continue de surprendre. Fin novembre 2024, le verdict est tombé : la production s’est étendue à l’ensemble des puits producteurs.
Tous sont désormais disponibles, prêts à se connecter aux lignes de production selon un planning optimisé, tel un orchestre réglé au millimètre.
Le rapport de production de novembre 2024 de Sangomar laisse entrevoir des ambitions claires. L’objectif, pour Woodside, l’opérateur du projet, est d’assurer une extraction globale de 100 000 barils de pétrole brut par jour.
Mais, comme pour tout gisement pétrolier, il convient de faire preuve de prudence. Certes, les performances des puits et des installations sont encourageantes, mais s’aventurer à surestimer les réserves sans études approfondies relève de l’illusion.
« Ce n’est donc pas vrai de défendre que le gisement de pétrole de Sangomar s’avère plus riche que prévu. Aujourd’hui, il y a une bonne performance des puits et des installations, mais les réserves sont toujours les mêmes, à savoir 630 millions de barils », insiste-t-on encore du côté de Petrosen.
Découvert en 2014, le champ pétrolier de Sangomar couvre 400 km² à des profondeurs d’eau allant de 700 m à 1 400 m. Pour le développement de la phase 1 du champ, les réserves récupérables sont estimées à près de 630 millions de barils de pétrole.
Le gisement renferme également du gaz naturel associé et non associé, dont les réserves sont de l’ordre de 4 TCF (environ 113 milliards de Nm³).
«Une réévaluation sera faite après deux ans de production pour certifier les réserves»
Aujourd’hui, le développement de la phase 1 se poursuit sur la base des données établies lors de la décision finale d’investissement (FID).
Mais la joint-venture ne compte pas s’arrêter là et se projette déjà dans le futur avec une réévaluation du potentiel du champ.
« Il n’y a pas encore de nouvelles études faites pour certifier les réserves. Mais une réévaluation sera effectuée après deux ans de production », indique un responsable de Petrosen.
Il précise que l’objectif de la joint-venture est de mettre en production, d’assurer la performance des installations et de recueillir les premiers indicateurs sur le comportement des réservoirs, notamment les S400 (les réservoirs supérieurs, qui contiennent environ 70% des ressources en place).